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"Petits arrangements avec la mort"

Catastrophes aériennes : loi des series ou meurtres en série ?

En écho à cette actualité, le film "Whisky Roméo Zulu" à l’affiche.

jeudi 1er septembre 2005, par Fred S.

"Whisky Romeo Zulu" : WRZ, trois lettres, l’immatriculation d’un avion de la compagnie privée LAPA qui se crashe en Argentine le 31 Août 1999. Une date. 67 victimes. Et le mécanisme d’une corruption jusqu’au plus haut niveau de l’état argentin, démonté par un ancien pilote de LAPA, devenu réalisateur de ce film passionnant. Un laxisme sur la sécurité aérienne devant la loi du profit. C’était en 99, une histoire vrai, qui se répète un peu trop souvent depuis, mais ça ne fait que commencer.

Le film

Partons du film à l’affiche depuis cet été. Un ex pilote d’une compagnie low-cost argentine en pleine expansion, alerte ses supérieurs sur des conditions de sécurité qui se dégradant à vue d’oeil.

Des pilotes bénéficiant de formations douteuses sans congés depuis des années, un budget maintenance des appareils réduit à peau de chagrin, le tout sur fond de pots de vins versés aux autorités pour qu’elles ferment les yeux.

Car dans ces années noires de la corruption en Argentine, sous le règne de Carlos Menem, l’armée contrôle l’aviation civile, et ses généraux se graissent la patte en "vendant" des autorisations diverses aux compagnies privées pour leurs avions et pilotes. Une catastrophe arrivera c’est sur, prévient ce pilote qui, après avoir subit de nombreuses pressions finit par démissionner. On lui demandera même de se rétracter sur son rapport, accablant sa compagnie sur la sécurité des vols. Ce rapport sera publié par le New-York Times mais personne ne bouge au States puisque le FMI, "tenu" en fin de compte par les USA, dicte la politique économique à suivre en Amérique du Sud, leur fief.

Quelques mois plus tard, 67 morts dans le crash d’un de leurs avions. L’enquête menée par l’armée, l’autorité nationale en la matière, concluent bien entendu à une erreur de pilotage, d’un équipage connaissant trop de difficultés personnelles ! Ce rapport est toujours la version officielle disponible sur le net d’ailleurs. (et la version originale intégrale téléchargeable ici.)

PDF - 165.4 ko
LAPA310899.pdf

Contre-enquête de ce pilote, sous la forme d’un excellent film, qui finira par quitter l’aviation civile pour se livrer à sa deuxième passion, le cinéma. Il décide des années après de mettre en image son histoire : pour lui l’affaire ne doit pas être étouffée. Résultat, grâce à son film militant, son action et celle d’associations, à la fin de cette année, pour la première fois en Argentine, s’ouvrira un procès au pénal : sera jugée la compagnie privée LAPA sur le fait d’un de ses anciens employés. Du coup, le pseudo rapport d’enquête risque de ne plus tenir la route très longtemps ...

Cas isolé ? Pas tant que ça.

2004 : Sharm El Sheik. Compagnie charter douteuse. Pas de rapport pour le moment. Mais il tournera à priori à la défaveur des pilotes, lavant ainsi la compagnie et ses avions. 2005 : un ATR72 en italie et 18 victimes, là aussi, la maintenance ... Un 737 d’Helios, 121 ... Un MD82 colombien, compagnie douteuse déjà connue et au bord de la faillite ...

Au delà de cette liste maccabre et qui s’est encore allongée cette année, quelques curiosités, qui auraient pu tourner mal. Comme cet ATR lithuanien reliant Agen à Paris sur un seul moteur (!), avion en sous-traitance pour une société danoise, elle-même affrétée par une compagnie portugaise, heureuse élue d’un appel d’offre de notre gouvernement pour assurer cette liaison subvensionnée (Air Littoral et d’autres ayant succombées à la dérégulation du transport aérien...). Notre ministre des transport à excusé officiellement l’équipage dans une lettre à un député de la Dordogne qui l’avait interpellé à ce sujet : pour lui ce n’est pas grave même si l’équipage à enfreind la législation ... Un autre qui fait du rase-motte au-dessus de Nantes une nuit avec des passagers à son bord : motif, lieu inconnu pour l’équipage ... Et la DGAC ? Notre chère Direction de l’Aviation Civile étant une institution d’état, ne pas compter sur son impartialité, elle dépend directement du gouvernement et de la politique qui va avec !

Fatalité, économie, politique ?

Là où certains, journalistes en tête, évoqueront trop facilement la fatalité de la loi des séries, on préféra y voir se reproduire la même chose que pour le trafic maritime : des compagnies poubelles, enregistrés dans des pays où l’argent prime sur la vie des autres. L’argent qui prime sur la vie d’autrui, ça c’est un peu partout me direz-vous, même ici. Oui, sauf que chez soi on le voit toujours moins bien ! (surtout quand ça se passe dans des tunnels routiers aussi ... y fait noir ... bref ...) Seul but donc, dans le transport : les coûts les plus bas, et le max de profit. Et la sécurité ? Ben on peut pas tout avoir ! Alors de là à nous faire culpabiliser, il n’y a qu’un pas : "consommateurs avides de vouloir voyager comme les nantis, c’est donc de votre faute. Restez chez vous ou payez le prix fort, car les pauvres voyagistes ne peuvent faire autrement !!". Les voyagistes peut-être pas, mais les gouvernements oui.

Du coup, notre cher gouvernement, nous promet la pilule miracle du lendemain : "le label bleu" ... Mais là où le bas blesse c’est qu’il ne concernera quasiment que des compagnies régulières et n’empêchera pas les voyagistes ni les autorités "d’ignorer" à qui ils sous-traitent ! A des sous-traitants, faisant appels à d’autres sous-traitants qui ont eux-mêmes des contingents de places disponibles chez éventuellement d’autres transporteurs (jamais les mêmes) ne rentrant bien entendu pas en compte au niveau de ce joli label bleu. Ce qui me fait penser aux plages françaises : on leur donne un beau "pavillon bleu" attestant de leur propreté mais on ne fait rien pour empêcher des bateaux déjà épaves de circuler au large. Et quand arrive une catastrophe, on y est pour rien bien sûr, et on ramasse les boulettes ...

Ce label, permet de donner une illusion de sécurité sachant qu’il doit quand même ménager les susceptibilités de certains pays, d’ailleurs également clients de l’industrie aéronautique pour leurs compagnies régulières nationales ...

Alors ?

Les solutions ? Une liste noire, dressée par des organismes indépendants, qui ne seraient pas coincés entre intérêts économiques, politiques, et législations propres à chaque nation. Ce qui en matière d’aviation civile, permet de faire dans un pays ce qui serait interdit dans un autre ... Voire responsabiliser au niveau pénal, les pays hébergeant des compagnies poubelles, les "pavillons de complaisance". Et analyser les conséquences dramatiques de la dérégulation de l’aérien.

A notre niveau, que faire d’ici là ? Pas d’autres moyens que de se renseigner sur les compagnies sur lesquelles on va voler. Et mettre la pression sur certains voyagistes à peine capables aujourd’hui de répondre à cette question (si, si, essayez vous serez surpris), surtout quand on prend un billet à bas prix en charter.

L’avion reste le plus sur des transports

Par contre ne pas tous les mettre dans le même sac et ne pas confondre charters pourris et compagnies low-cost. L’avion reste le plus sur des transports. Des compagnies comme EasyJet par exemple répondent aux mêmes normes que les régulières. Ils réduisent les coûts ailleurs. Au lieu de sacrifier la sécurité, c’est une question de gestion, de services à bord et de salaires. Ou alors, mais là c’est chez Ryanair, on taille franchement dans la facture de personnel ... Exemple du plus pur style libéral, on y voit le boss, bien connu pour ça d’ailleurs, mépriser les employés avec leurs "satanés mouvements sociaux", et, gérant sa boite selon un modèle Made In USA ... Mais là c’est encore un autre débat.

Allez, on y arrivera bien un jour, à faire du ciel le plus bel endroit de la terre ...


Pour plus d’infos, consulter l’excellent site de "EuroCockpit" et leurs nombreux articles sur le sujet où la langue de bois n’est pas l’habitude de la maison.

Les sources pour cet articles :
- "Vol Whisky Romeo Zulu", article paru dans Le Monde,
- "La corruption instituée en politique d’état", article paru dans l’Humanité,
- Le pseudo-rapport officiel du crash de LAPA rédigé en 2000 par l’Armée argentine.
- "la ligne Agen Paris, premier symptôme d’une crise profonde", ou encore celui-ci, articles paru sur Eurocockpit,
- et différents sites Internet.

P.-S.

Avec une pensée sincère aux familles des victimes, passagers et équipages.

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